Irène EYNAT-CONFINO

Publications

  • 2008, Of the Uses of the Fantastic in Modern Theatre. Cocteau, Oedipus, and the Monster, New-York, Palgrave MacMillan, 2008, 198 pp. - ISBN 978-0-230-60821-4

Compte rendu par Ann Van Sevenant (Cahiers Jean Cocteau, n°8, 2010).

Écrit en anglais, ce livre constitue désormais un ouvrage incontournable parmi les écrits sur Jean Cocteau. Irène Eynat-Confino ne s’abstient pas d’y poser des questions difficiles. Et cela aurait été pour Cocteau un signe de courage et d’audace intellectuelle.

Comme l’auteur l’explique, le fantastique au théâtre n’a pas été autant exploré que le fantastique au cinéma. C’est donc le but du livre, qui ne se restreint pas toutefois à l’étude du rôle du fantastique théâtral chez Cocteau. L’attention est dirigée également sur la lutte du poète en faveur de la tolérance sexuelle et du mouvement gay.

Ainsi, les différents chapitres traitent du sphinx, du monstre, de ces êtres intermédiaires entre homme et animal (étant donné que l’autre créature non humanoïde, l’ange, a abondamment été étudiée), alors que le thème de la bisexualité comme celui de l’homosexualité sont abordés de façon non systématique ; ils s’incrustent dans les chapitres à différents endroits.

Cocteau s’est toujours intéressé à l’entre-deux, également dans La Machine infernale, qui présente les trois catégories du monstre, du non-monstre et de l’homme ordinaire. Il nous présente une société où les limites entre les trois catégories sont vagues, où règne une monstruosité « fluide ». Pour Cocteau cela signifie, selon l’auteur, que la sexualité a beaucoup de visages, et que tout le monde peut succomber à des impulsions sexuelles non-normatives. Chacun de nous est dès lors sujet à des actes sexuels hors de la norme, et cela ne devrait pas être considéré comme un crime.

Oedipe est la traduction mythologique du tabou sur le parricide et l’inceste, mais lui-même est innocent au moment où il commet ses « erreurs ». Ainsi Eynat-Confino défend-elle l’orientation sexuelle de la période des années cinquante qui précède la révolution sexuelle. Ce n’est pas l’orientation non conforme qui perturbe la société, mais la transgression des tabous.

Oedipe a été stigmatisé comme un monstre, tandis que, dans l’interprétation anti-freudienne, il est plutôt victime de son attirance pour l’inconnu, pour la machine de désir qui travaille en lui. Le désir ne présente pas un monde imaginaire, sublimé, de phantasmes irréels, mais il est une force productive pour Cocteau (préfigurant le concept d’anti-Oedipe de Deleuze).

L’auteur remarque que si Oedipe était homosexuel, ou s’il avait fait l’amour à une jeune femme, il aurait été sauvé de l’inceste. Toutefois, l’interprétation d’Oedipe par Freud l’a emportée sur d’autres interprétations et la position anti-freudienne de Cocteau a été moins diffusée. L’homosexuel – Michel Foucault a d’ailleurs confirmé cette critique - reste toujours un monstre.

Eynat-Confino remarque par ailleurs que la bisexualité de Cocteau n’a pas été suffisamment prise en considération (p. 109). Déjà dans Le Livre blanc, le poète avait essayé de supprimer les stigmates du monstre en le dotant de sentiments humains (p. 98). Il en est de même dans La Belle et la Bête, où la Belle a pu tomber amoureuse de la Bête. Dans le film Orphée, l’homme-cheval est finalement représenté comme un être ambivalent qui est attiré par le monstre en lui. L’attraction pour le mystérieux (religieux) trouve ainsi un équivalent en sexualité.

L’ouvrage d’Irène Eynat-Confino livre une excellente analyse des rapports entre le théâtre et la sexualité chez Cocteau. En fin du volume, le lecteur trouvera un apparat critique imposant, une bibliographie exhaustive sur le sujet et un index. Le livre se termine sur une citation extraite de Maalesh : « Depuis trente ans je me fouille et je me déchiffre. Depuis trente ans je tâche de dissimuler mes secrets dans un langage figuratif à l’adresse de ceux qui savent lire. » L’auteur en déduit que depuis lors, l’humanisme de Cocteau – qui n’est ni moralisant ni subversif – est devenu le symbole de l’homme contemporain, défini comme l’homme-monstre, au lieu de l’homme saint.

 
ireneeynatconfino.txt · Dernière modification: 2010/06/08 14:50 par david
 
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