Pierre-Marie HERON

Publications

Bibliographie de l'auteur.

  • et Pierre Caizergues (éds), 2000a, Le Siècle de Jean Cocteau, Actes du colloque international de Toronto (octobre 1998), Montpellier / Toronto, Publications de Montpellier III.
  • 2000b, « Demain je retrouve Jean Genet [Cocteau et Genet] », in Pierre Caizergues et Pierre-Marie Héron (éds), Le Siècle de Jean Cocteau, Actes du colloque international de Toronto (octobre 1998), Montpellier / Toronto, Publications de Montpellier III, p. 185-211.

[Examen des influences croisées et des collaborations littéraires entre les deux écrivains (avec des documents rares ou inédits)]

  • 2001, « Les ressources du langage parlé dans l’œuvre poétique de Cocteau », Actes de la Journée « Jean Cocteau » de l’A.I.E.F. (juillet 2000), CAIEF, n°53, mai, p. 333-350.

[Du métier parnassien et néo-classique des débuts aux recueils d’esthétique moderniste puis au Requiem, les recours changeants de Cocteau aux ressources du langage parlé, et les constantes d’une ligne rythmique]

  • 2002, « Genet et Cocteau : traces d’une amitié littéraire », Cahiers Jean Cocteau, nouvelle série, n°1, p. 06-151.

[CR : Le Monde des livres, 18 juin 2002; Le Mensuel poétique et littéraire, n°305, 2002; Histoires littéraires, n°12, 2002]

[Lettres, poèmes, dessins, photographies, autour d'une chronique biographique approfondie des relations entre les deux écrivains. 21 lettres de Genet à Cocteau dont plusieurs totalement inédites, 1 à Jean Marais et Paul Morihien, deux lettres de Cocteau à Genet, 41 dessins de Cocteau dont les 29 illustrations de l'édition originale de Querelle de Brest, tous les passages inédits du Passé défini (1956-1962) se rapportant à Genet]

  • 2005, « Cocteau et les médias de la voix jusqu’en 1939 », in Pierre Caizergues (éd.), Jean Cocteau, 40 ans après, Actes du colloque du Centre Pompidou (2003), Montpellier, Centre Pompidou / Publications de Montpellier III, 2005, p. 105-136.

[Le téléphone, le phonographe, la radio occupent des places voisines, bien plus importantes que chez beaucoup d’écrivains, mais en définitive secondaires, dans l’imaginaire profondément visuel de Cocteau. Fondée sur une connaissance des archives sonores éditées et inédites et des recherches dans la presse d’époque et à la B.H.V.P. (Fonds Cocteau), la communication propose un regard panoramique sur la relation du poète à ces médias et leur présence dans son œuvre, entre 1929 et 1939.

Elle envisage successivement : les deux versions de La Voix humaine (pour la scène, pour le gramophone) ; les trois disques Columbia de poèmes d’Opéra, « poèmes-objets » où Cocteau ambitionne de fabriquer une voix neuve en collaboration avec la machine ; les emplois du phonographe dans La Machine infernale et Les Mariés de la Tour Eiffel ; les collaborations de l’écrivain à des mises en ondes de son théâtre, notamment avec la troupe « Mai 36 » de Léon Ruth ; enfin ses collaborations à Radio Cité et Radio Luxembourg entre 1937 et 1939 pour des documentaires, des causeries, une émission d’imitations d’écrivains et de vedettes du film et de la chanson (Dîner de têtes), une dramatique (L‘Impromptu des Bouffes-Parisiens).]

  • 2010, Cocteau, Entre écriture et conversation, Presses universitaires de Rennes, collection Interférences, 176 pp. - ISBN 978-2-7535-1243-6.

Compte rendu par Michèle Touret (novembre 2010):

L’originalité et la richesse de cet ouvrage séduiront les amateurs de Cocteau et, au-delà, tous ceux qu’intéressent les formes de la vie et de la création littéraire du XXe siècle. Grâce à ce livre, Cocteau, qui a ses partisans nombreux et ses détracteurs, nombreux aussi, sera mieux perçu, mieux compris. Il a longtemps souffert d’une interprétation qui le place à la fois du côté des novateurs, quant à la forme, et des mondains quant à sa position sociale et ses affinités. Il a souffert d’avoir été dénié, moqué, critiqué par les tenants de l’avant-garde depuis le début du siècle, Surréalistes en tête, qui lui ont fait une réputation de versatilité, d’originalité superficielle et de gentil Arlequin. Ceci n’est pas tout à fait faux, mais a empêché qu’on considère ce touche-à-tout de la littérature et des arts autrement qu’avec un regard détaché voire ironique.

Or Pierre-Marie Héron prend, justement et à bon droit, le parti de chercher du côté de ces reproches ce qui fait l’intérêt de l’œuvre de Cocteau. Elle prend ses racines, dit-il, dans un domaine de la littérature sans doute aujourd’hui moins visible et moins cultivé, celui de l’art de la conversation. Cet art tient à une configuration sociale où l’émulation des pairs joue avec l’éphémère et requiert à la fois habileté, virtuosité même, légèreté, profondeur cachée, érudition voilée, souci de l’écoute et de la réplique, sens de la formule (et refus de la sentence), art de la description et du portrait, refus des pesantes hiérarchies formelles.

Prenant appui sur cet art ancien de la conversation et sur les réflexions de Cocteau, Pierre Marie Héron met en évidence ce qu’il doit à cet art classique vivace en plein XXe siècle et expose ce qui fonde son fameux Rappel à l’ordre d’après la Première Guerre mondiale, où Cocteau récuse ce que son époque contenait de plus autoritaire dans l’innovation, ce grand ressort de la création artistique du siècle. Il affirme que la plus grande audace à son époque est d’être simple et de travailler en s’inscrivant dans la tradition de la grande langue classique française, faite de mouvement et d’équilibre, de simplicité et faite pour plaire à des publics divers.

Le point de vue de Pierre-Marie Héron est judicieux et audacieux, tant l’originalité fonde la valeur littéraire, tant la marque individuelle lui est attachée, tant, également, l’art de la conversation est attaché à une conception mondaine et éphémère de la littérature. Partant d’une réflexion sur les fondements mêmes de la création de Cocteau, sur sa recherche du contact, du lecteur, des publics divers, associant à cette réflexion des analyses sur les formes grammaticales, lexicales et syntaxiques de Cocteau, sur son goût de la ligne droite, de l’avancée rapide et des phrases strictement emboîtées, Pierre-Marie Héron montre la continuité dans l’art de Cocteau entre les genres institués, roman, poésie, théâtre et ce qui n’est pas de l’ordre du genre repéré et semble rester aux marges de la littérature, comme les entretiens radiophoniques, les conférences, les articles de presse, comme ceux de Cocteau pour Ce Soir, le journal dirigé par Aragon et Nizan dans les années trente.

Très logiquement, et selon un éclairage à la fois savant et démonstratif, les analyses commencent par le plus mondain pour aller vers le plus secret, et le plus secrètement élaboré. La première partie est consacrée à l’art de la conversation, art social, aimable, lié au culte de l’amitié, mais art fugace, tournoyant qui se déploie dans l’improvisation. Cet art n’est pas seulement mondain, il est aussi une parade contre l’angoisse. Pierre-Marie Héron cite Cocteau qui s’adressait à André Fraigneau : « Je n’ai conservé de mon milieu natal, cher ami, qu’une espèce de bonne éducation néfaste grâce à laquelle j’ai toujours eu l’air de traverser légèrement une vie lourde et dramatique. » (p. 34) Naturel, vivacité, improvisation, tact, sens de l’à-propos, netteté et clarté des idées et du discours seront les valeurs essentielles de cet art à la fois brillant et discret que Cocteau développera dans son œuvre.

On ne s’étonnera donc pas que la seconde partie s’attache tout entière à ce qu’on pourrait appeler des pratiques mineures, entretiens, conférences, articles de presse. Mineures ? Et pourquoi donc ? Elles relèvent, selon le mot de Cocteau, d’un moindre « degré de cuisson » que les genres surveillés et plus médités, mais elles relèvent du même souci, de la même recherche de légèreté qui voile la « difficulté d’être », du même défi contre l’inquiétude. Conférences et monologues donnent toute la place à l’autre, le public muet mais présent –ou négligent- alors que la « bouche d’ombre » du micro rend l’accroche incertaine, difficile. Pierre-Marie Héron, dont la connaissance des liens entre littérature et radio est si étendue, nous fait entendre un Cocteau qui fait de « son » auditeur un confident et dote sa parole de «l’accroche d’une conversation enjouée, vivante, plaisante. » (p. 72) Quant aux articles de presse, fort nombreux, pour le Figaro, pour Ce Soir, avant la guerre, Cocteau y pratique l’art de l’esquisse, du rapide tableau, de la légèreté et de la double entente dans la simplicité. Renonçant aux mots d’esprit, mais non aux jeux de mots, misant sur le mouvement et le rythme, il s’adresse à des lecteurs différents avec la même politesse, qu’il évoque les salons de la Belle époque dans un cas ou les spectacles populaires dans l’autre. « Son amour du théâtre et des arts en général en font un excellent spectateur parisien, habile à parler de films, de pièces, de lectures aussi mais assez peu, et bien sûr de son propre travail, sous l’angle qui est toujours le sien des ‘éclairages révélateurs’ et donc ni futile à propos de mode, ni pittoresque à propos de rue, ni ‘variétés’ à propos de tour de chant, ni sportif à propos de boxe, ni militant à propos de peuple, etc. » (p.88-89).

Avec la troisième partie, on entre dans le domaine le plus consacré, celui de la littérature qui relève de la plus haute cuisson : roman, théâtre et poésie. Nous sommes alors au plus loin des traits de la conversation et au plus près de la concertation solitaire, au plus loin de la relation avec un interlocuteur et au plus près de la relation anonyme avec un lecteur inconnu. C’est pour cela que l’étude plonge dans les structures fondamentales, l’architecture des oeuvres. Les emprunts aux variétés des genres, farce et tragédie, comédie et parade, emprunts et détournement des lieux communs, la recherche du raffinement et la parodie donnent à Cocteau l’audace de jouer avec les genres théâtraux et leur distribution selon les publics dans Les Mariés de la Tour Eiffel comme dans La Voix humaine. Quant au roman ou à la nouvelle, genres décriés, bannis par l’avant-garde littéraire de années vingt – quoique pratiqués par elle- ils sont l’occasion de tracer une esthétique du banal, de la simplicité. « Dans Thomas l’imposteur, Cocteau n’écrit pas au ‘fil de la plume’, dans le mouvement crépitant de l’improvisation, mais il imite le ‘style cursif’ parce que ce genre de livre exige un style de mouvement. Dès lors, ce qui prime ce n’est pas le plan d’ensemble, ni les péripéties considérées pour elles-mêmes, les ‘scènes à faire’ par exemple, mais le courant, l’en-avant d’un élan qui aboutit irrésistiblement à une fin, dans une direction ‘fatale’ prise par l’histoire. » (p. 117-118). Pierre-Marie Héron observe que Cocteau cède encore au plaisir des traits d’esprit développés dans l’art de la conversation, au goût pour les portraits parfois longs, mais il voit dans ce roman-nouvelle qu’il est « conscient du besoin d’adapter les valeurs de la conversation à la française (clarté, esprit, naturel), d’origine aristocratique et mondaine, à un âge démocratique où le principal public est devenu ‘le gros public’, le public populaire, sans pour autant renoncer à son exigence d’exactitude. » (p. 121) C’est de cette manière aussi que, mêlant les traits grossis du drame dans Les Enfants terrible et une apparente et superficielle psychologie, Cocteau crée une tension en un lieu clos, autour d’une action unique et de son dénouement tragique, sans renoncer au saugrenu, voire au comique. Le poème, genre le plus éloigné de l’immédiateté de la conversation, œuvre de plus grande solitude, relève d’une difficile conciliation entre l’immédiat, l’éphémère et le médité, pour parfois donner l’impression de l’invention imprévue. Le jeu de Cocteau avec les mètres classiques, alexandrin et octosyllabe surtout, est finement détaillé. Un certain plaisir à l’enfantillage dans Opéra déjoue l’esprit de sérieux et l’attente de profondeur. La virtuosité mène parfois à la confusion, mais Cocteau s’est au moins évertué à faire donner à l’esthétique poétique classique ses accords modernes.

Il est certes beaucoup moins évident de relier art de la conversation et poème ou roman, puisque l’autre n’existe que comme représentation imaginée par l’auteur ou comme lecteur inimaginable et imprévisible. Les genres plus relâchés ou plus près de la pratique mondaine –entretiens, portraits, descriptions, anecdotes, courts récits- sont plus près de cette source à la fois sociale et esthétique. Pierre-Marie Héron nous convainc cependant que, à l’époque où la surprise relevait non de l’art du bien dire mais de la découverte des profondeurs inattendues de l’homme, Cocteau a tenté de relier l’art ancien de l’entretien concerté et de la tradition rhétorique et l’attention aux « difficultés d’être » de son époque bouleversée, cherchant constamment un difficile équilibre entre l’attrait du tragique et la pirouette de la dérision. Par ces subtiles analyses, c’est tout un pan de notre histoire littéraire qui se trouve éclairé d’un jour nouveau.

  • 2012a, (dir.), Jean Cocteau, unique et multiple, avec une préface de Pierre Bergé, Éditions l’Entretemps, coffret comprenant un DVD-Rom et un livre de 64 pages.
  • 2012b, (dir.) avec Serge Linares, Cocteau et le média radiophonique, Éditions Minard-Lettres modernes, Revue des lettres modernes, Série Cocteau n° 7, 2012.
 
pierre-marieheron.txt · Dernière modification: 2012/04/30 19:04 par david
 
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